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E dibenn miz gwengolo

Fils pardonne à ton père

Il paraît en ce siècle d'inquiétude, qu'à toute normalisation convient un sentier sans jeunesse. On normalise au passé. Il est vrai que les vieux sont au pouvoir, il est dit que les jeunes coûtent cher. En tout cas, les semailles coûtent plus cher que la moisson (dicton français). Si le nationalisme breton mettait en comptabilité le passé et l'avenir, il joindrait à la note d'hier les bénéfices incertains de demain mais qui seuls sont raisons d'espérance. L'ancien combattant n'est plus le prix de la société, ni le critère d'une bonne gestion. Il appartient tout au plus au folklore dramatique des associations. La Bretagne , hélas, joue encore sur ses tréteaux la tragédie de Verdun et les hauts faits de Montcornet. Quand son devenir se joue sur les ouvertures océanes, elle n'a que l'ambition de l'Est. Quand nous disons Bretagne, pour la plupart des spectateurs, on rêve de monuments aux morts.
Toi inoubliable héros, toi mon père qui pour te battre ne savais que le breton, toi qu'ils firent esclave, pardonne à tes enfants l'irrespect qu'ils te portent car il est vrai qu'au cercle des imbéciles, tes pairs trônent encore. Ils gouvernent d'ailleurs bien mal au nom de tes mérites. Pardonne au fils de ne vouloir plus. Et que le ciel me garde d'apprendre à mes enfants l'ambition de servir le passé.
Je me rappelle la maison Capet-Valois-Bourbon qui devint Marianne. Toute fille aînée s'engrossait au rythme des saisons. Nous n'étions que serviteurs et silences. Aujourd'hui me revient droit de propriété et droit de château. Toi inoubliable héros, toi mon père, tu labourais une terre qui t'appartenait sans le savoir, et ne payais que le pris de la démesure des autres.
Il est lourd le chemin de l'espérance quand tout un aîné n'a plus de mémoire, quand tout un peuple a la gueule en berne. La jeune Bretagne n'a que faire des vieux serviteurs de la maison voisine. Elle bâtit demeure nouvelle et tant faire, que chacun le sache : tous les jours elle accouche d'une génération nouvelle. Que l'enfant pardonne au père d'avoir négligé son seuil pour briquer les portiques des demeures princières et d'avoir ainsi mal servi et desservi.
Ils avaient contre eux toute une aventure, toute une fausse république. Ils étaient les sabots, la France les fit godasses ; ils avaient leurs chevaux, la France les fit canons ; ils étaient d'humeur pacifique et solitaire, la France les fit guerriers ; ils étaient honteux de guerre, la France les décora. Ils avaient contre eux toute leur aventure, celle dont ils parlent encore. Enfants de rois, nous tenons la nôtre. Qui sème à moissonneur, qui tient la vigne a vendangeur. Vous êtes les semailles des esclaves d'hier et la moisson des chemins de liberté, le souffre qui fait à tout vigne une dernière toilette avant l'automne et le vin. Vous êtes demain quand ils parlent au passé. Il est bon d'œuvrer enfin au-delà des clôtures, au-delà des sièges. Les vents de chez nous ont l'âcre odeur des nouvelles libertés.
Fallait-il que le père vide toutes ses forces en exil pour qu'il nous soit possible aujourd'hui d'avoir bonne raison de bataille ? Qui rêve mieux de liberté que celui qui fut esclave ? Nous sommes la Bretagne libre au nom de leurs esclavages. Nous sommes nous-mêmes, Bretons de demain.
Pour tout cela, fils, pardonne à ton père.

Glenmor par Alain Marouani
Glenmor par Alain Marouani
in «La voix du clan Glenmor» - André-Georges HAMON



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